BUFF Malmö 2026

Retour sur le Festival du film pour enfants BUFF de Malmö

Quel bonheur de partager une salle de cinéma avec des enfants de 5 à 16 ans ! Les voir réagir aux images à l’écran, entendre leurs éclats de rire, leurs acclamations, leurs applaudissements ou leurs sifflements lorsque leur personnage préféré triomphait, dupait un quidam autoritaire et malhonnête, se défendait contre une brute, ou recevait son premier baiser dans un moment romantique naissant, entre rêve et désillusion.

Chaque matin, jusqu’à 700 écoliers enthousiastes et débordants d’énergie, venus des quatre coins de Malmö, envahissaient l’auditorium. Au total, environ 12 000 spectateurs ont assisté au festival.

Alors qu’Instagram, TikTok, Facebook, Telegram et YouTube nous entraînent en territoire inconnu, découvrir ce qui captivait ce jeune public, ce qui le passionnait le plus, fut une véritable révélation. Lors des séances de questions-réponses suivant chaque projection, il était ainsi surprenant de voir de jeunes garçons agiter frénétiquement les bras. Ils étaient impatients de poser des questions aux réalisateurs et aux acteurs, alors même que nombre des thèmes abordés dans le film étaient centrés sur les femmes, s’attardant sur des problématiques qui préoccupent les adolescentes.

Pendant trois jours, les délégués du jury FIPRESCI, venus de Munich, Malmö et Paris, ont visionné huit métrages : Mira, de Marie Limkilde (Danemark) ; Nipster, de Sunniva Eir Tangvik (Suède) ; Mary Anning et Plitsch Platsch Forever, de Marcel Barelli (Suisse et Belgique) ; Splish Splash Forever (Plitsch Platsch Forever), de Natascha Beller (Suisse) ; Ma belle-mère est une sorcière, de Joëlle Desjardins Paquette (Canada) ; Les Filles du ciel, de Bérangère McNeese (Belgique et France) ; Runt, de John Sheedy (Australie) ; et Beef, de Ingride Santos (Espagne) – un terme anglais qui me semble inapproprié, le titre original, Ruido, voulant dire « Bruit ».

Le film qui m’a le plus marqué, par son réalisme saisissant, son aspect documentaire et sa mise en scène brute et sans fioritures, est Nipster. Caméra à l’épaule, il suit les personnages et dépeint des événements qui se déroulent aujourd’hui même, près de chez vous. Profitant des faiblesses d’adolescents innocents et vulnérables, un adulte manipulateur, aux visées politiques perverses, manœuvre et endoctrine lentement un groupe de vacanciers naïfs. Il  les pousse à commettre des crimes haineux racistes et xénophobes contre une population immigrée récemment déplacée, qui a envahi la campagne et le lac paisibles qu’elle considère son territoire. Ces intrus sont perçus comme suspects et représentent une menace immédiate, car ils n’ont ni la peau blanche, ni les cheveux blonds, ni les yeux bleus. Ils ne sont pas nordiques.

La solitude est la plus grande des peurs, et le mal trouve son terreau fertile dans ce contexte. Nipster est un cri d’alarme pour tous. Il nous met en garde contre les dangers qui nous guettent. L’ensemble des acteurs, dont c’était le premier film, a livré des performances magistrales dans des rôles violents et exigeants, incarnant leurs personnages avec conviction et assurance. Intitulée Nipster, terme argotique désignant un hipster nazi, cette oeuvre est remarquable, non seulement par son histoire, mais aussi par sa manière d’être racontée – de quoi rendre jaloux les fans d’Une bataille après l’autre !

Enfin, le film qui m’a véritablement bouleversée, et qui a d’ailleurs reçu le prix du jury FIPRESCI, est Ruido – en anglais Beef, donc. Une jeune fille d’origine malienne canalise sa colère et sa frustration en énergie, résilience et force pour affronter les cruelles et brutales batailles de rap freestyle qui animent les rues de Barcelone. Partagée entre les exigences culturelles de sa famille musulmane, Lati, l’héroïne, hésite entre le désir de respecter les aspirations de sa famille à la stabilité financière et à la reconnaissance professionnelle, et celui de trouver sa propre voie, à l’instar de son père, musicien récemment disparu. Surmontant ses peurs et ses hésitations, Lati parvient à triompher du sexisme et des insultes pour accéder à une notoriété internationale grâce à Internet, grâce à son audace et à ses textes incisifs et percutants, rythmés par le rap. Dans le tourbillon des événements, Lati conquiert le monde des hommes qui ont longtemps dominé ce domaine – un monde qui ne leur appartient plus.

Latifa Drame, actrice débutante et rappeuse dans la vraie vie, a été découverte par la réalisatrice Ingride Santos. Elle l’a suivie pendant un an dans les rues de Barcelone pour écrire le scénario retraçant son parcours, de la timidité à l’affirmation de soi : elle devient une combattante de rue de renommée internationale, une icône du rap, une femme forte et la grande gagnante de cette bataille – un spectacle qui a enthousiasmé le public. 

Et voilà, quelle aventure formidable que ce festival !

Madelyn Grace Most.

Principales récompenses :

•          Prix du film pour enfant de la ville de Malmö: Olivia and the Invisible Earthquake, d’Irene Iborra

•          Prix de l’église de Suède : Olmo, de Fernando Eimbcke

•          Prix du Jury de Jeunes : The Girls From Above, de Bérangère McNeese

•          Prix du Court-métrage de la région Skåne: The Corkscrew, de Torfinn Iversen

•          Prix Fipresci : Beef (Ruido) d’Ingride Santos